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A Nous Paris

Voici un spectacle qui en dit des sévères sur les arcanes de l’art contemporain. Comme une lame toujours prête à s’abattre sur la bêtise et l’ignorance, Jacques Mougenot s’est emparé d’une imposture de choix suscitée par le plasticien Philippe Dussaert (1947-1989) afin d’en faire un drôle d’objet théâtral.

Fausse conférence, facétie ou enquête ? Pourquoi choisir puisqu’on peut tout avoir ! Né de la rencontre entre Peggy d’Argenson (galeriste - critique d’art) et Jacques Mougenot (texte, mise en scène, jeu), ce spectacle multiforme relate la vie et l’œuvre de Philippe Dussaert, initiateur d’un mouvement original dans les années 80, le "vacuiste". Voyez plutôt : le plasticien fut l’épicentre d’une incroyable polémique provoquée par la vente de son œuvre ultime intitulée "Après Tout", ne représentant… rien !

Ou plutôt si : le vide. Une œuvre inexistante vendue aux enchères en 1991 au prix de huit millions de francs et préemptée par l’état français ! Occultée par l’actualité du moment (la guerre du Golfe), l’affaire ricocha méchamment sur le gouvernement d’alors qui se vit accusé d’avoir gaspillé les deniers publics. Belle occasion d’épingler les dérives de l’avant-garde artistique. Mais aussi de faire une tête au carré aux snobismes, aux piperies du monde et de s’interroger sur la critique éclairée ou aveugle.

Anecdotes savoureuses, dialogues travaillés en férocité, notre conférencier dresse avec sagacité et une jubilation non feinte, un tableau corrosif des égarements culturels de notre temps. Formidable d’acuité et d’ironie, ce monologue satirique se déguste et, c’est sans qu’il s’y attende que le spectateur, à la dernière scène se trouve cueilli par un magnifique coup de théâtre… qu’il convient de ne pas dévoiler. Et l’éthique dans tout ça ? Allons, n’utilisez pas de termes désuets…

Myriem Hajoui

Le Quotidien (La Réunion)

Le Quotidien de la Réunion et de l’océan indien. Jeudi 2 mai 2013 – N° 11 858

En ce centenaire du ready made, les émules de Duchamp sont légion qui ont poussé la production artistique dans ses ultimes retranchements. Qu'est-ce qui fait une oeuvre d'art ? Qu'est-ce qui différencie le porte-bouteilles de Duchamp de son homologue de Prisunic si ce n'est l'étiquette et son prix ?

Jacques Mougenot est venu éclairer nos lanternes sans ménager nos vessies au cours d'une conférence théâtralisée qui brouille les pistes en tenant autant du reportage que d'un spectacle qui n'en est pas un. Son propos? Nous parler de la trop méconnue affaire Dussaert, du nom d'un peintre qui s'en fit un en révélant l'envers du décor des grands maîtres. Qu'y avait-il derrière la Joconde ? Que cachaient les couples du Déjeuner sur l'herbe de Manet ? Dussaert, copiste de très haut vol, passa à la postérité en deux temps.

D'abord en exposant une série intitulée «d’Après» (la Joconde, le Déjeuner sur l'herbe etc.) Dix-neuf toiles qui défigurent littéralement autant de chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art, ce qui ne manqua pas de déchaîner pros et antis dans un concert cacophonique de critiques. Dix ans plus tard, sa mécène de toujours finit par exposer l'oeuvre ultime de Dussaert. Une oeuvre intitulée « Après tout », jusqu'au-boutiste, puisque totalement dématérialisée. Un grand rien qui s'étalait invisible sur les murs désespérément blancs de la galerie. Un concept ultime qui n'était pas sans rappeler le « vide » précoce d'Yves Klein.

Mais le rien n'est pas le vide. Le rien d'ailleurs peut-il être une oeuvre d'art? Le cas échéant, peut-il se monnayer ? Le vacuisme peut-il être un mouvement pictural durable ? La plénitude du vide tient-elle de la «fulgurante génialité », comme l'avait écrit un critique touché par le rien de Dussaert dont «Après tout » généra un copieux catalogue. Jacques Mougenot, malin et facétieux, ironique mais toujours sérieux fait de l'affaire Dussaert une longue digression qui embarque tout le monde pour nous interroger sur l'essence de l'art... et l'art du canular.
Du grand art.

V.P

Paris 17

L’exercice brillantissime de Jacques Mougenot au petit Hébertot pose, dans un spectacle éblouissant d’intelligence, les questions essentielles sur l’art moderne.

Comédien et auteur, Jacques Mougenot appartient à cette élite rare du théâtre qui — de Feydeau à Jean Sarment, Sacha Guitry, Noël Coward, Roussin, Dubillard et Obaldia — sait aussi bien jouer qu’écrire. “L’interprète, dit-il, est plus impartial que l’auteur. Il faut que le comédien oublie qu’il a été l’auteur. Mais je ne serais pas auteur si je n’étais pas comédien. Cette double identité induit une certaine façon de jouer la comédie.” Sa première pièce, consacrée à Corot, avait été mise en scène par Jean-Laurent Cochet, son professeur de comédie. Cette réflexion sensible sur la peinture se prolonge, aujourd’hui, par un spectacle étourdissant de subtilité, d’humour et d’intelligence dont il assume l’unique rôle sans en être, pourrait-on dire, le principal protagoniste.

Paradoxe ? Non, privilège, plutôt, du dramaturge qui inscrit son œuvre dans la lignée des moralistes réjouissants, savoureux et toniques : Alphonse Allais, Courteline, Guitry et Anouilh. Il y a surtout, chez Jacques Mougenot, la malice et l’enchantement du théâtre de Marcel Aymé : le goût de la satire dénuée de cruauté, la tendresse railleuse pour ses personnages et la dilection du trompe-l’œil. Ce passe-muraille s’est toqué, comme Marcel Aymé, des récits à double-fond et des jeux d’illusion qu’engendrent parfois nos égarements. Par-dessus tout, à l’instar de son aîné, il se défie du “Confort intellectuel”.

 Liberté salutaire
“L’affaire Dussaert”, pose, avec une simplicité et une sincérité déconcertantes, la question obsessionnelle qui hante l’art moderne depuis Duchamp : où commence l’imposture dans l’avant-garde ? Cette interrogation, depuis un certain nombre d’années, dépasse le monde des béotiens et des philistins. Elle sème le trouble chez les meilleurs esprits, dans les coteries fort respectables. Jean Clair, Jean Baudrillard et Yves Michaud s’indignent de la propension de certaines institutions nationales à bénir, en tant qu’œuvres d’art, des installations indignes, parfois, d’un chantier mal tenu… Jean Baudrillard est même allé jusqu’à écrire, au grand dam des bien-pensants : “Les choses obéissent beaucoup plus à une logique du dégoût qu’à celle du goût”.

Depuis que Duchamp a placé au-devant de la scène new-yorkaise ses “ready-made”, roues de bicyclette ou urinoirs dupliqués à plusieurs exemplaires, le principe platonicien, selon lequel la beauté, dans son essence, “rend toutes les choses belles à divers degrés”, s’est estompé devant la prophétie de Kant : c’est seulement par son attribution à son auteur qu’une création devient œuvre d’art. Le mouvement dadaïste, qui bousculait les candidats à la perpétuité académique et cultivait l’insolence comme une hygiène de l’esprit, avait pressenti le péril dès 1920. “Les peintres, les littérateurs, les musiciens croient à l’art comme les pharmaciens croient à la Farine Lactée, écrivait Picabia.

Pourquoi en parlent-ils avec tant de révérences ?” Pour écrire sa pièce — qui raconte, à la manière d’une conférence drôle et souvent émouvante, les déboires d’un artiste “jusqu’auboutiste”, parfaitement honnête dans sa logique extrême, dans les années soixante-dix et quatre-vingt —, Jacques Mougenot a retenu les leçons d’irrévérence de Francis Picabia. Il aurait d’ailleurs pu reprendre à son compte ce mot fameux du turbulent artificier dadaïste : “Si les glaces n’avaient pas existé, croyez-vous que Napoléon aurait imaginé la Légion d’Honneur ?”

Le spectacle du Petit Hébertot n’est pas une charge supplémentaire contre l’art moderne. C’est une invitation à la liberté d’opinion. “Ma pièce, culturellement incorrecte, est une conversation sur cette désincarnation maligne de l’art, sur le terrorisme intellectuel et culturel”, confie Jacques Mougenot. Son texte éclaire finement l’amphigouri des commentateurs, critiques, experts et autres prétendus initiés. Le spectateur n’est pas convié à une dénonciation systématique des errements de l’art, même des extravagances de certaines démarches ; il apprend à mesurer, grâce à une construction dramatique diabolique, à un suspense hitchcockien, les enjeux financiers et politiques de la célébration muséographique de présumés génies.

Au moment où un scientifique américain met en doute l’authenticité de certains tableaux de Jackson Pollock (AFP, le 11 février) et où le trublion Pierre Pinoncelli est condamné par la justice, à l’âge de 77 ans, à payer 200 000 euros pour avoir ébréché, à coups de marteau, à Beaubourg, l’un des huit multiples de l’urinoir de Duchamp (l’original a disparu depuis belle lurette !), une heure de lucidité claire et forte n’est pas superflue. N’a-t-on pas lu, sous la plume d’une sommité de l’art moderne, dans un journal du soir, le 21 janvier ce cri d’indignation : “Détruire l’œuvre de Duchamp est aussi grave que de briser la Pietà de Michel Ange”. Dans un tel contexte, la pièce de Jacques Mougenot fait œuvre de salubrité publique. Il faut y courir d’urgence.

Lucien Maillard
Paris 17, février 2006
Journal d’information du dix-septième arrondissement,

Objectif Mag

Cette pièce, écrite, mise en scène et jouée par Jacques Mougenot, qui n'en est pas à son coup d'essai, est à ne rater sous aucun prétexte. Cet auteur dramatique, romancier, comédien et metteur en scène, avait déjà frappé un grand coup avec sa pièce sobrement intitulée " Corot ", qui avait fait salle comble entre 1996 et 1998, en France et à l'étranger.

La dernière de cette seconde prolongation de l'Affaire Dussaert aura lieu le 29 avril prochain au Petit théâtre Hébertot. Qui se souvient de Philippe Dussaert, peintre, initiateur du mouvement vacuiste, rapidement tombé dans l'oubli après son décès en 1989 ? Personne ou presque. Pourtant, il eut son heure de gloire que conte Jacques Mougenot avec malice, ironie, cocasserie, intelligence, humour et beaucoup de talent. Bref, c'est là du théâtre comme l'on en voit hélas trop rarement. Il est difficile d'en dire plus sans déflorer le sujet, risquer de mettre à mal le ressort de la pièce et donc de nuire à la fois aux effets du comédien et au plaisir du spectateur.

Disons simplement que Jacques Mougenot s'interroge, et nous interroge, sur le sens de l'art contemporain avec une fine intelligence, sans tout détruire (il y a tout de même quelques grands artistes contemporains), mais sans esquiver les questions délicates, y compris celles du snobisme et de " l'escroquerie postmoderniste à la pensée " pour reprendre l'expression du Canard Enchaîné. Spectacle pour intellectuels, pensez-vous ? Pas du tout ! Le spectateur rit d'un bout à l'autre de cette soirée drôle, instructive et burlesque. L'Affaire Dussaert vaut vraiment la peine d'un voyage éclair à Paris. Au moins comblerez-vous, comme moi, une fameuse lacune dans votre culture.

Gérard de Wallens
ObjectifMag.be, avril 2007

Médias Obs

Auteur, comédien et amateur d’art, jacques Mougenot se mue en conférencier pour évoquer un peintre contemporain disparu en 1989 et rapidement tombé dans l’oubli.

Quelques mois avant sa mort, lors de son ultime exposition, Philippe Dussaert se contentait de laisser vides les murs de la galerie d’Argenson [...]. Avec la malice qu’on lui connaît, Mougenot relate le scandale.

Jacques Nerson
Média Obs, 16 février 2006

Les infos (Nouméa)

Les infos (Nouvelle Calédonie) - 21 mai 2010

 Pour cinq représentations au Théâtre de Poche [de Nouméa], l'humour était à l'honneur avec « L'affaire Dussaert » de et avec Jacques Mougenot. Une critique jubilatoire et caustique de l'art contemporain, ayant obtenu le prix du public au festival de Dax 2007.

Jacques Mougenot est l'auteur et l'interprète d'un monologue jouissif où il fustige le snobisme et les dérives de l'art contemporain. Le spectacle se présente comme une vraie conférence sur un peintre ayant marqué son époque, le fameux Philippe Dussaert (1947-1989). Un trajet artistique de météore, cependant retracé avec moult digressions, avec un art de la litote, des jeux de mots excellents et une interprétation tout en finesse. Le ton badin du départ fait rapidement place à une ironie fine, puis à une franche rigolade, tout en gardant une ambiguïté, étayée de vérités historiques. Dussaert est le peintre du non-dit, du non-peint plutôt.

S'il avait été artisan, Dussaert aurait fabriqué des couteaux sans manche auquel manquait la lame ; comédien, il aurait interprété Astyanax dans Andromaque, l'Arlésienne dans l’œuvre du même nom ; écrivain, il aurait publié un livre de pages blanches intitulé « Mémoires d'un amnésique » – ce qu'avait tenté avec brio Georges Perec en écrivant « La disparition » (un roman entier sans la lettre E, la plus utilisée dans la langue française). Se moquant des critiques, des « gens qui savent », des politiques culturelles, du marché de l'art, des baudruches gonflées de vacuité et d'une abstraction confinant au trou noir, Jacques Mougenot, dans une performance confondante de réalité, délivre une réflexion jouissive sur notre époque contemporaine qui fait et défait les réputations. Courez-le voir et l'écouter, la sienne n'étant pas usurpée.

Rolross

Le Parisien

Un monologue jubilatoire

Ironique, intelligent et comique… Les spectacles qui conjuguent toutes ces qualités sont suffisamment rares de nos jours dans la capitale pour ne pas vous précipiter au Petit Hébertot.

Vous avez jusqu’au 1er avril pour rire – jusqu’au fou rire – et réfléchir autour de « l’affaire Dussaert ». Cette pièce écrite et interprétée par Jacques Mougenot est un monologue subtil sur le sens de l’art contemporain en même temps qu’une réflexion sur la désinformation, le pouvoir des médias et les mensonges des hommes. Philippe Dussaert, peintre disparu en 1989, défraya la chronique en 1991, en pleine guerre du Golfe. […]

Un scandale national éclate alors. De rebondissement en rebondissement, le spectateur est transporté par ce concerto à une voix joué sur les registres innombrables du théâtre. Par petites touches successives, Jacques Mougenot soulève toutes les questions que se pose le profane sur l’art d’avant-garde.

Jannick Alimi
Le Parisien, jeudi 2 mars 2005

Webthea

L’art contemporain est un domaine bien étrange où le charlatanisme côtoie le sublime. L’art est un sujet trop sérieux pour être confié à l’Etat. Le terme même d’art contemporain est sujet à caution et à dissertation. Lorsque Léonard de Vinci peignait La Joconde ne faisait-il pas de l’art contemporain ? Les distinctions, les subtilités sont multiples : art moderne, avant-garde, non figuratif, symbolique, etc.

Mais où placer Philippe Dussaert disparut en 1989. Dès sa première exposition D’Après en 1981, le peintre suscita un engouement qui ne se dément pas. Critiqué ou adulé, son talent divise. Sa maîtrise picturale est indéniable. En étudiant son œuvre et l’originalité de ses sujets, on est frappé par son humour. L’ Après Joconde et les toiles qui constituent cette série sont l’illustration de son immense talent. Grâce à Jacques Mougenot, on peut voir des diapositives des toiles qui sont parties à l’étranger, dans les plus grands musées du monde.

Un scandale politico-artistique
Philippe Dussaert était un explorateur de l’imaginaire, une sorte d’archéologue des décors cachés. En étudiant son œuvre inclassable, on découvre son travail étonnant pour l’invisible et sa méfiance pour les évidences. Sa dernière exposition qui suscita "L’Affaire Dussaert" prit racine le 12 décembre 1989 lorsque son œuvre Après tout fut vendu aux enchères à Drouot. [...] Grâce à l’enquête érudite que mena Roulletabille-Mougenot, nous avons pu suivre les méandres de ce scandale politico-artistique. En commentateur intègre, Jacques Mougenot donne la parole aux différents acteurs de ce scandale. En premier lieu à Peggy d’Argenson, la célèbre galieriste qui fut un peu la " Peggymalion " du discret Philippe Dussaert. Notre conférencier enquêteur a même décortiqué le très indigeste catalogue de l’exposition Après tout.

L’art délicat de la conversation
Jacques Mougenot est un spécialiste de la peinture. Sa précédente pièce Corot nous avait dévoilé le célèbre peintre avec érudition et humour dans une mise en scène de Jean-Laurent Cochet. Pour évoquer l’énigmatique Philippe Dussaert, notre détective artistique a choisi le biais d’une conférence spectacle. Notre conférencier nous fait rêver à ce qu’aurait pu être nos cours d’histoire de l’art. Il possède l’art délicat de la conversation, nous sommes suspendus à ses lèvres. La conférence est passionnante, drôle, déroutante, illustrée par des œuvres de Dussaert, bizarrement au purgatoire des médias. Le spectacle captivera autant les férus d’art que les béotiens. Nous demanderons à tous de garder le secret sur le dénouement, le coup de théâtre de cette affaire étonnante.

Marie-Laure Attinault
Webthea.com, janvier 2006

Théâtre OnLine

De l’art ou du cochon ?
Jacques Mougenot entre sur scène tel le conférencier moyen. Costume anthracite et chemise bleue d’un classicisme de bon aloi, col ouvert, décontracté mais sérieux, sérieux mais déjà la pirouette langagière prête à divertir son assistance.

Le verre et la carafe, les diapositives qui, le moment venu, illustreront cette pseudo-conférence persifleuse sur l’art contemporain en général et le scandale rattaché à l’œuvre de Philippe Dussaert (1947-1989) en particulier. « Jusqu’où l’art peut-il aller trop loin ? » est la question à laquelle le comédien-auteur-metteur en scène s’attache à répondre en détaillant tous les tenants et aboutissants de cette invraisemblable affaire aux portées esthético-ontologiques. Pour ceux qui seraient passés à côté de cette histoire rocambolesque, Jacques Mougenot rappelle que « l’affaire Dussaert » prend sa source à la fin des années 1980, lors de l’ultime exposition du peintre vacuiste organisée par son amie et mécène, la galeriste Peggy d’Argenson.

Après une première série de toiles, peintes en 1981, et revisitant quelque vingt chefs-d’œuvre en en faisant disparaître les personnages (« Après le radeau », « Après la Joconde »…), ce « peintre de l’effacement » décide de mettre un terme à sa production en présentant l’aboutissement de sa recherche artistique : « Après tout ». Allant au plus loin de sa radicalité, Dussaert efface ainsi tout ce qu’il est possible d’effacer et présente une salle d’exposition sans toile, sans dispositif, sans œuvre concrète : le néant. Bien sûr, cette démarche minimaliste, voire nihiliste, compte plus d’un antécédent. Alphonse Allais, en 1883, réalise sa « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige », œuvre constituée d’une feuille de bristol totalement blanche.

Dans la foulée, il persiste et signe une pièce musicale sans note, la « Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd », justifiant la virginité de sa partition par un humoristique « les grandes douleurs sont muettes ». D’Alphonse Allais à Yves Klein — qui expose le vide en 1958, se contentant de peindre les vitres de la galerie Iris Clert de son bleu « IKB » (International Klein Blue) —, en passant par les « ready-made » de Marcel Duchamp, Jacques Mougenot relie l’œuvre de Dussaert à l’histoire des expériences artistiques d’avant-garde et dénonce, tout en faisant mine de ne pas, ce qu’il considère comme des formes de dérive. « C’est avec des mots que rien devient quelque chose », déclare-t-il, « c’est avec des mots que l’on nous fait prendre des vessies pour des lanternes ».

Les amateurs d’art conceptuel apprécieront. Soucieux d’ouvrir les yeux du public sur les dangers de la manipulation, l’apprenti conférencier se pose donc la question de la définition de l’œuvre d’art, sonde le fossé séparant les impostures des véritables actes de création. [...] Si Jacques Mougenot ne cesse de répéter, tout au long de son spectacle-conférence, qu’il n’est pas là pour juger l’œuvre de celui que Peggy d’Argenson aurait elle-même qualifié d’ « Hamlet souffreteux et dépressif », il ne manque pas une occasion de darder ses piques à l’endroit des bouffissures intellectualistes, faisant le public se gausser dans une manière de « c’est tellement ça ! ».

Car l’orateur n’a aucune affinité avec l’œuvre de Dussaert. Il finit par l’admettre, très humblement, en fin de discours, non sans avoir une fois de plus avoué qu’il n’est qu’un néophyte en la matière. Mais son avis est clair : il convient de se méfier comme de la peste des raisonnements fumeux et, surtout, des belles mécaniques visant à impressionner ceux qui, comme lui, ne savent pas. A l’issue de cette représentation, le public aura sans doute saisi le danger de ces habiles mystifications. Et c’est là le principal intérêt de ce spectacle non théâtral, dont on peut regretter les accents parfois démagogiques. A moins que l’on ne prenne le parti de ne faire qu’en sourire, en passant sur ces attaques en demi-teinte contre l’art contemporain.

Manuel Piolat Soleymat
Théâtre OnLine, février 2006

Sur les planches.com

Après « ART » de Yasmina Reza et « Musée haut - musée bas » de Jean-Michel RIBES, encore une œuvre sur l’art moderne.

Jacques Mougenot a rencontré la galeriste - Peggy Argenson - qui s’est occupée jusqu’à la fin de Dussaert, et en a tiré cette pièce-conférence, très animée, vivante. C’est intelligent, drôle, pas vraiment de mise en scène ou de décor, à part la projection des œuvres de Philippe Dussaert (1947-1989), parmi lesquelles le paysage de la Joconde sans Mona Lisa, qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque, puisque un critique avait déclaré « la Joconde est dans l’escalier » !

Un copiste de génie (?) qui, vous l’aurez deviné, recompose les tableaux de Maîtres, sans les sujets principaux... « La jeune fille à la perle » sans jeune fille, « le déjeuner sur l’herbe » sans les protagonistes, etc... En hommage à son protégé, Peggy Argenson avait décidé de faire une exposition de son ultime œuvre « Après Tout » qui était totalement vide ! Le public et les critiques ont donc été invités au vernissage à voir et commenter des murs nus ! [...] La guerre du Golfe à l’époque a balayé cette information...

Sur les planches.com, 26 janvier 2006

Sud Ouest

« L'Affaire Dussaert » a fait salle comble CHAMPCEVINEL La salle des fêtes affichait complet samedi soir. Jacques Mougenot, « comédien, auteur dramatique et passionné d'art », présentait sa création « L'Affaire Dussaert », avec une verve inégalable, de l'humour intelligent et à rebondissements.

L'histoire, la personnalité et l'oeuvre du peintre « vacuiste » Philippe Dussaert (dix-neuf toiles figurant « l'existence du néant » et dénonçant « l'illusion des apparences ») expriment « le vide » ou le détail ridicule relevé par l'artiste. Pas assez remarqué en son temps (dans les années 1980), il suscite quand même l'intérêt des critiques et des plus grands musées mondiaux qui achètent ses oeuvres.

Inénarrable conférencier, Jacques Mougenot décrypte la vanité ainsi que les vanités à travers des ironies ou des suggestions. La dernière oeuvre du peintre, largement vantée, intitulée « D'après », dévoile encore mieux les abus d'un certain art contemporain. La commission culture de la commune compte, tout au long des années, sur sa troupe théâtrale La Pièce montée mais elle a offert là, en plus, par son choix, et par l'intermédiaire de Jacques Mougenot une heure et demie de plaisir, partagée par un public enthousiaste.

Éliane Rabot
Sud Ouest (Bergerac ~ Sarlat), mardi 1er décembre 2009

Spectacle Sélection

L'art contemporain est un domaine bien étrange où le charlatanisme côtoie le sublime. L'art est un sujet trop sérieux pour être confié à l'état. Le terme déjà d'art contemporain est sujet à caution et à dissertation. Lorsque Léonard de Vinci peignait La Joconde, ne faisait-il pas de l'art contemporain ?

Les distinctions, les subtilités sont multiples : art moderne, avant-garde, non figuratif, symbolique etc... Mais où placer Philippe Dussaert disparu en 1989 ? Dès sa première exposition « d'Après » en 1981, le peintre suscita un engouement qui ne se dément pas. Critiqué, adulé, reconnu, son talent divise. Sa maîtrise picturale est indéniable. En étudiant son oeuvre et l'originalité de ses sujets, on est frappé par son humour.

« L'après Joconde » et les toiles qui constituent cette série, sont l'illustration de son immense talent. Grâce à Jacques Mougenot, on peut voir des diapositives des toiles qui sont parties à l'étranger dans les plus grands musées du monde. Philippe Dussaert était un explorateur de l'imaginaire, une sorte d'archéologue des décors cachés. [...] L'affaire Dussaert éclata en 1991. Grâce à l'enquête érudite que mena Rouletabille-Jacques Mougenot, nous pouvons suivre les méandres de ce scandale politico-artistique.

En commentateur intègre, Jacques Mougenot donne la parole aux différents acteurs de ce scandale. En premier lieu à Peggy d'Argenson, la célèbre galeriste qui fut un peu la « Peggymalion » du discret Philippe Dussaert. Notre conférencier enquêteur a même décortiqué le très indigeste catalogue de l'exposition « Après tout ». Jacques Mougenot est un spécialiste de la peinture. Sa précédente pièce Corot nous avait dévoilé le célèbre peintre avec érudition et humour dans une mise en scène de Jean-Laurent Cochet.

Pour évoquer le discret Philippe Dussaert, notre détective artistique a choisi le biais d'une conférence spectacle. Notre conférencier nous fait rêver à ce qu'aurait pu être nos cours d'histoire de l'art. Il possède l'art délicat de la conversation, nous sommes suspendus à ses lèvres. La conférence est passionnante, drôle, déroutante, illustrée par les oeuvres de Dussaert, bizarrement au purgatoire des -média. Le spectacle captivera autant les fervents d'art que les béotiens.

Marie-Laure Attinault

Pariscope

Comment ça ? Vous ne connaissez pas Dussaert ? C'est une sacrée lacune. Ce grand artiste contemporain, dont les oeuvres ont marqué son époque, n’a pu vous échapper. Il a connu son heure de gloire dès sa première exposition : « D'après... », dont la toile la plus célèbre demeure « Après la Joconde ».

Mais il défraya la chronique avec sa deuxième et ultime exposition, qui fit parler le tout Paris et essentiellement le tout bien-pensant des arts. Comme tout cela se passait pendant la guerre du Golfe, les médias, ayant d'autres os à ronger, passèrent un peu vite sur cet événement majeur. Jacques Mougenot donne un exposé clair et précis sur tout cela, ravivant notre mémoire défaillante. C'est passionnant, fort pertinent et plein d'esprit et d'humour. A ne pas manquer.

Marie-Céline Nivière
Pariscope - Semaine du 25 au 31 janvier 2006

Le Figaro Magazine

Vous connaissez Philippe Dussaert ? Non ? Vous avez tort. C’est un grand peintre spécialiste de l’effacement. D’ailleurs Jacques Mougenot lui consacre une passionnante conférence au Petit Hébertot.

Il décrypte l’œuvre comme un spécialiste d’art contemporain avec tous les tics des conférenciers, leurs incidentes, leurs digressions, leur componction. Pas de doute : on s’y croirait. Car il a beaucoup de talent, Jacques Mougenot. Et une fertile imagination. Qui n’a rêvé d’un tel canular ? Il faut dire que l’art contemporain s’y prête. Et qu’il n’est pas mauvais de temps en temps – comme Yasmina Réza l’a fait avec Art – de savoir se moquer de certaines exagérations. Bref, le spectacle de Mougenot est très bien. Et son humour vraiment ravigotant. [...]

Jean-Luc Jeener
Le Figaro Magazine, 4 mars 2006

Le Canard Enchaîné

Dette de l’art. Cette entreprise sournoise de démolition de la peinture contemporaine à laquelle se livre, seul en scène, une heure et demie durant, Jacques Mougenot est franchement moche. Qu'en penseront Jack Lang ou Jean-Jacques Aillagon, parmi nos plus ministériels esthètes de l'art ?

Avec cette conférence fort documentée qui tend à réhabiliter la mémoire d'un nommé Philippe Dussaert, provocateur disparu en 1989, il va leur faire beaucoup de peine. Qui était Dussaert ? C'est ce que les ignares que nous sommes apprennent au fil de la représentation. Dussaert est un artiste contemporain. Comment le reconnaît-on ? On ne peut plus dire, depuis longtemps, qu'on reconnaît un véritable artiste à son talent : « Le talent, c'est discutable, nous connaissons tous des artistes contemporains sans talent. Alors quoi ? L'argent ? Il y a aussi des fauchés. « Le sens esthétique ? Non plus. Ça date. »

La beauté, la séduction, le charme, l'harmonie, le travail, le goût de la perfection : « Autant de notions du XIXe siècle. » Un seul mot résume tout : le discours. Si vous n'avez pas de discours, vous ne pouvez pas être un artiste contemporain. Le Dussaert de la pièce en avait un. Entré aux Beaux-Arts de Paris en 1966, mauvaise période, juste avant 68, « il passe des journées entières au Louvre et au Palais de Tokyo ». A copier servilement. C'est là que germe en lui l'idée de sa première exposition en septembre 1981 à la galerie Arcadie, dans le Marais, génialement intitulée « D'après ». Chacune des 19 œuvres exposées est peinte d'après un chef-d'œuvre. Et après lui. Jacques Mougenot a le privilège de pouvoir nous en montrer quelques-uns.

En premier lieu : le célèbre « Après La Joconde », surnommé par un critique aigri « La Joconde était dans l'escalier ». Il s'agit tout simplement du paysage qu'on apercevrait si la Joconde était arrivée en retard à une séance de pose chez Léonard. Y figurait aussi « Après le déjeuner sur l'herbe » d'après Manet. La clairière est vide, parsemée de quelques reliefs de repas. Selon la même technique : « Après l'embarquement pour Cythère » d'après Watteau : de vagues vagues. « Après le radeau de la Méduse » : c'est pas gai. 18 toiles sur les 19 ont été achetées par des musées internationaux, malgré quelques commentaires acerbes de jaloux, qualifiant Dussaert d'artiste « parasitaire, impuissant et stérile ».

Pas une œuvre retenue par un musée français : ce qui prouve notre retard conceptuel. Notre pays, il est vrai, devait se rattraper dix ans plus tard en exerçant un droit de préemption sur le chef-d'œuvre absolu de Dussaert. Allant jusqu'au bout de ses recherches, après l'art minimaliste, le croûtisme et autres « ismes », il avait en effet inventé le vacuisme. Pour en savoir plus, il faudra vous rendre à un prochain vernissage. Sachez seulement, si vous estimez faire partie des profanes, « ces néophytes incapables de juger des qualités d'une œuvre », qu'il y a heureusement des gens qui savent.

« Il y a au ministère, dans les musées, les galeries et même parmi les critiques des gens très compétents qui savent faire la différence. » En payant parfois très cher, comme Yasmina Reza l'esquissait dans « Art ». Sachez aussi que Jacques Mougenot jette là, comme sans y toucher, un regard exceptionnel d'intelligence et de cruelle lucidité sur l'escroquerie postmoderniste à la pensée.

Bernard Thomas

La Provence

Avignon, 15 juillet 2011
Est-ce un spectacle ou est-ce une conférence ? On ne peut s’empêcher de se poser la question tout au long de ce brillant spectacle où Jacques Mougenot nous entraîne au cœur de la peinture contemporaine.

Son objectif affiché : nous faire découvrir Philippe Dussaert , grand peintre spécialiste de l'effacement, décrypter pour nous son œuvre hors du commun, et surtout, SURTOUT, nous conter « l’affaire » qui porte son nom. On s’y croirait : Jacques Mougenot campe magnifiquement le spécialiste d'art contemporain avec ses tics, ses digressions, sa condescendance parfois.

Son imagination est fertile, son esprit incisif. Sous couvert d’un intérêt honnête et objectif pour un artiste méconnu, il brosse une critique, très fine mais sans concessions, de la peinture contemporaine et des institutions qui gravitent autour. Un excellent moment !

Virginie BEHAGHEL

La Nouvelle République

L'affaire Dussaert à la Grange de Vaugarni - 9 juin 2011

Comment qualifier l'affaire Dussaert, donnée à la grange théâtre de Vaugarni, par le talentueux Jacques Mougenot ? A l'issue du spectacle, nous savons tout de Philippe Dussaert : artiste génial, inventeur du concept de « l'après », au nom duquel il va créer ses premières grandes oeuvres, caractérisées par l'absence des personnages.

Son génie éclate lors de sa dernière exposition, son ultime création « Après tout », où il ne reste rien, car il a effacé jusqu'au tableau. Belle réflexion sur l'art contemporain : le « rien » peut-il être déclaré oeuvre d'art ? Avec un talent consommé, Jacques Mougenot, explique, commente, décortique tous les aspects de cette affaire. En véritable professionnel de la conférence, il utilise à l'appui de son propos : vidéoprojecteur, ouvrages et revues d'art, lettres intimes de la galeriste de Dussaert, etc.

Tout est documenté, daté, précis, parfaitement situé dans l'époque. Travail sérieux certes, mais non dénué d'humour, ce qui rend très agréable ce brillant exposé, au cours duquel, le public captivé, suspendu aux lèvres du comédien-conférencier, ne voit pas le temps passer... C'est un véritable tonnerre d'applaudissements, qui a salué la pirouette finale de Jacques Mougenot, auteur du texte, conteur magnifique et grand comédien ! Un très grand et beau moment de théâtre.

La Jaune et la Rouge

Dans un tout autre genre, cette fois celui d’une fête de l’esprit, notez l’apparition à l’affiche du Petit Hébertot, de l’Affaire Dussaert, de Jacques Mougenot, dite par lui-même. Une reprise puisque, sur la scène du théâtre de Nesle, il nous aura régalés de cette virulente mais désopilante évocation des divagations de la peinture d’avant-garde et du snobisme qui l’accompagne.

J. Mougenot sait de quoi il parle quand il s’agit de peinture et j’espère bien que vous avez vu son Corot, joué en 1996 et 1997 par la compagnie Jean-Laurent Cochet. Mais dans l’Affaire Dussaert, il aborde une toute autre école de peinture, celle du « mouvement vacuiste », dont le peintre Dussaert fut l’initiateur, hélas peu connu du grand public. Avec une érudition consommée, l’auteur-comédien-conférencier expose en quoi consiste ce mouvement, qui posa la différence, en matière de peinture, entre le vide et le néant, le premier étant réel, le second conceptuel.

Il narre ensuite les extraordinaires répercussions qu’eut, dans le monde de l’art, l’exercice par l’Etat de son droit de préemption lors de la mise en vente par enchères publiques de la dernière œuvre de Dussaert, intitulée « Après tout », œuvre constituant la quintessence même du mouvement vacuiste, puisqu’elle n’existe pas. Un tourbillon d’humour, dit avec un sérieux déconcertant, qu’il ne faut surtout pas manquer !

Philippe Oblin
La Jaune et la Rouge, février 2006

La Croix

Un peintre méconnu et réhabilité.
À l'époque, l’affaire fit grand bruit. En l991, lors d'une vente aux enchères, l'artiste Philippe Dussaert livra son œuvre ultime (Après tout), aboutissement de sa démarche créative. […]

On doit à Jacques Mougenot de nous rafraîchir la mémoire et de retracer, sur la scène du Théâtre du Ranelagh, à Paris, la vie et l'œuvre de cet artiste singulier, sous la forme d'une conférence argumentée et détaillée qui tient du reportage et de l'enquête, doublée d'une plongée amusante et ironique dans les vastes questions que posent l'art contemporain et les commentaires délirants qui peuvent l'entourer. […] Les débats autour du « cas Dussaert » furent vifs et virulents. Canulars et mystification pour les uns, vision de génie et exécution de maître pour les autres. Jacques Mougenot puise dans les écrits et souvenirs de Peggy d'Argenson, critique d'art et galeriste, égérie et protectrice de Philippe Dussaert, pour explorer les zones d'ombre de cette ténébreuse affaire dont la conclusion, sur scène, est, elle-même, vertigineuse. Comment « le Peintre de l'inaperçu » a-t-il pu sombrer si vite dans les profondeurs de l'oubli ?

Jean-Claude Raspiengeas

L'Indépendant

L’art et la manière de Jacques Mougenot.
Si ce n'est pas la plus belle des rencontres proposées par les Estivales cette année, c'est en tout cas la plus insolite, et la plus inattendue : avec "L'affaire Dussaert", Jacques Mougenot a remporté tous les suffrages. A découvrir absolument.

Dieu qu'il est difficile de prendre la plume du critique ! Ceux qui ont vu le petit chef-d'œuvre présenté par Jacques Mougenot depuis deux jours aux Scènes Ouvertes comprendront... Le spectacle de Jacques Mougenot est tout simplement magique. Sa réflexion commence avec ce qui pourrait n'être qu'une querelle intestine née de l'opposition farouche de deux écoles de pensée mises dos à dos : les partisans et les détracteurs de Philippe Dussaert. Des querelles qui ont agité en leur temps le microcosme de l'art contemporain.

Quoique... Parce qu'avec l'œuvre de Dussaert, le monde de la culture, celui de la politique, de la justice, de la philosophie et du social se sont emmêlés les pinceaux - c'est le cas de le dire - pour déterminer si, oui ou non, l'œuvre ultime de l'artiste méritait que l'on dépensât des millions pour la maintenir sur le sol français. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'œuvre ultime de Philippe Dussaert, premier et unique représentant du mouvement vacuiste, était en réalité un grand néant, exposé malgré tout dans la galerie d'Argenson.

Alors, le rien peut-il être de l'art ? Et combien vaut rien du tout ? C'est donc dans cette affaire rocambolesque, aux rebondissements dignes d'un roman de John Irving, que nous embarque Jacques Mougenot. Sur le ton de la conférence, et avec l'air de ne pas y toucher, avec ses bons mots et ses réflexions très poussées sur cette affaire Dussaert, l'acteur décortique en réalité avec un délicieux cynisme les aberrations qui peuvent être dites ou écrites sur l'Art en général et qui, il faut bien le dire, laissent souvent perplexes les amateurs les plus éclairés.

Par sa seule présence, et les quelques reproductions d'oeuvres de Dussaert (tel cet incroyable "Après le radeau de la méduse", copie conforme de l'œuvre de Géricault mais, fidèle au mouvement vacuiste, sans naufragés...) Jacques Mougenot réussit à nous faire rire, rêver, réfléchir, et à nous surprendre. Un spectacle qu'il faut absolument aller voir avant qu'il ne disparaisse à son tour ! Et ce n'est pas un conseil de critique à lecteur, mais un véritable conseil amical.

Barbara Gorrand
L’indépendant (Perpignan), 27 juillet 2007

L'Homme Nouveau

Avec une rare intelligence, une courtoisie sans faille et un humour des plus fins, Jacques Mougenot nous fait entrer dans le sanctuaire de l'Art à partir de cet art du visible par excellence qu'est la peinture. Dans une intrigue quasi policière, il pousse jusqu'aux limites du paroxysme cette tendance de l'art contemporain à remplacer la splendeur de l'être par la vacuité du néant.

La pièce interroge le statut de l'apparence, mais elle montre le détournement profond du sens de l'Ecclésiaste opéré par cette idolâtrie du néant. Que reste-t-il quand tout passe ? Rien sans doute de ce qui passe, mais précisément ce qui ne passe pas. Telle est la sagesse de l'Ecriture sainte. A cette sagesse, une certaine philosophie contemporaine a voulu opposer l'absolu du rien comme s'il n'y avait jamais rien eu, comme si l'être même n'était pas. L'Affaire Dussaert nous en donne la preuve.

Pierre Durrande
19 mai 2012

L'Express

Cochonnailles. Dans les années 1980, un certain Philippe Dussaert défraya, voire effraya, la chronique avec les premières œuvres de ce que l'on nomma le mouvement vacuiste. Près de trente ans après, Jacques Mougenot revient sur ce destin aussi singulier qu'émouvant avec une conférence pleine d'humour et de science.

Il pose à sa manière la seule question qui compte : était-ce de l'art ou du cochon ? Il faut dire que des propos savants de l'élégant conférencier monte peu à peu une odeur bien connue. Et si tout cela n'était que cochonnailles ? Pleine d'enseignement et de fantaisie, la soirée suit son cours, finement iconoclaste et plaisante […] Les amateurs de surprises et les pourfendeurs de la pensée unique apprécieront le spectacle. L.L.

Froggy's Delight

Que vous soyez néophyte, amateur éclairé ou passionné d'art, ce spectacle est fait pour vous ! En effet, Jacques Mougenot, l'œil malicieux et la prose allègre, se propose de nous relater, avec force documentation et humour, un des épisodes les plus retentissants de l'histoire de l'art dit "contemporain" : l'affaire Dussaert.

Du nom du fameux peintre Philippe Dussaert, initiateur du mouvement vacuiste dans les années 80, cette affaire éclata en 1991, quelques années après sa mort, lors de la mise en vente, et surtout l'achat par les musées nationaux français, de sa dernière œuvre, qui était également le point d'orgue de sa démarche artistique, intitulée "Après tout", qui avait déjà soulevé une forte polémique lors de son exposition quelques années auparavant.

Mais c'en est déjà trop révélé et mieux vaut en rester là afin de ne pas déflorer le sujet et laisser au futur spectateur non seulement le plaisir de découvrir cette histoire savoureuse mais aussi le soin de se faire une opinion après une salutaire réflexion sur la notion d'œuvre d'art. Cela étant, force est de reconnaître que Jacques Mougenot réussit là un tour de force particulièrement remarquable puisqu'il parvient à nous présenter sous forme satirique, une conférence étonnamment didactique synthétisant les résultats de la très sérieuse enquête d'investigation qu'il a menée, tel un Rouletabille moderne, et qui dépasse le cadre de la simple "affaire Dussaert", pour s'ouvrir sur une très légitime interrogation sur le petit microcosme de l'art.

Impertinent, drôle, ironique et terriblement intelligent, ce spectacle jubilatoire aborde des thèmes d'une actualité récurrente qui ne laissera pas indifférent surtout ceux qui y sont épinglés. Car toute affable qu'elle soit la narration de Jacques Mougenot est émaillée de remarques de bon sens et de bon aloi qui déplairont sans doute à certains potentats à l'origine des dogmes en matière artistique mais raviront le commun des mortels.

Martine Piazzon
Froggy's Delight, janvier 2006

 

L'Echo de Dordogne

L’affaire Dussaert, un prétexte pour parler d'art au théâtre. 
Auteur, metteur en scène et comédien, Jacques Mougenot est aux "Scènes Ouvertes" des Estivales avec son spectacle inspiré par la vie et l'œuvre du plasticien Philippe Dussaert.

Questions à Jacques Mougenot sur sa création. Jacques Mougenot a créé cette pièce au Théâtre Hebertot. Il est pour cinq jours aux Scènes Ouvertes des Estivales. Il nous accordait un entretien à quelques heures de sa première représentation.

> Comment vous est venue cette idée de spectacle sur Philippe Dussaert ? 
Elle m'est venue à la suite d'une conférence à laquelle j'assistais, sur Philippe Dussaert. Une conférence donnée par sa galeriste Peggy D'Argenson qui est elle-même un personnage à la Jacqueline Maillan. La conférence était passionnante et m'a donné envie de faire quelque chose sur ce peintre. J'aime beaucoup la peinture, j'écris pour des peintres, des monographies, des biographies.

> Qui était-il ?
Il était copiste, très doué, un vrai faussaire. Il a réalisé beaucoup de copie pour le cinéma. Il serait peut-être resté copiste s'il n'avait été malade, une sclérose en plaques. La maladie a servi de catalyseur comme pour Proust ou Frida Kahlo.

> Mais c'est un artiste très peu connu du grand public ?
Il est plus connu qu'on ne le pense, surtout par cette toile "Après la Joconde". Et puis, il y a eu cette oeuvre qui a fait scandale, une oeuvre sur le "rien". Elle a été mise aux enchères après sa mort, et elle a été préemptée par l'État. Pour la première fois, la Cour des Comptes s'est opposée à cet achat des musées nationaux.

> Qu'est-ce qui vous a séduit, l'homme, l'artiste, l'affaire ?
Je dirais tout. Surtout l'affaire qui est assez symptomatique d'autres affaires dans le monde de l'art contemporain. Elle permet de poser quelques questions. Qu'est-ce qui fait une oeuvre d'art ? Qu'est-ce qui fait qu'un porte-bouteilles devient de l'art avec Duchamp et coûte 15 euros au bazar. Ce qui fait l'art aujourd'hui, c'est surtout le discours qui l'accompagne. J'aborde le marché de l'art, la reconnaissance, l'art et l'argent. Mais tous ces aspects sont abordés avec beaucoup d'humour. En général, cela suscite le débat. De plus, avec Dussaert, sa dernière œuvre posait clairement la question : art ou canular ?

> Êtes-vous devenu un admirateur de l'artiste ?
Au début, j'étais sceptique et en tant qu'artiste, je n'admire pas tellement son oeuvre. Le personnage est très attachant. Si on n'aime pas l'art conceptuel, il ne compte pas. Si on aime, il est l'incarnation de son idée. Le fait qu'il détruise des oeuvres comme la Joconde, par effacement, est une sorte de réaction à sa déchéance physique... Du point de vue psychologique, philosophique, métaphysique, c'est un personnage séduisant.

> Qu'apporte le spectacle à la réflexion du public ?
Je soulève beaucoup de question et je ne donne pas trop de réponses. La plupart des spectateurs sont généralement d'accord. Peut-être que je suis assez flou dans mes conclusions. De toute façon, les avis sur l'art contemporain sont très partagés. Ça permet de dire tout haut ce qu'on pense tout bas. L'art contemporain s'adresse à tout le monde et non pas à une élite ou à quelques intellectuels... C'est un spectacle de salubrité publique, il n'est pas toujours culturellement correct.

> Quelle est la mise en scène ?
Il y a des projections des oeuvres de Philippe Dussaert afin que le public comprenne l'artiste et son travail, je lis des critiques. Il y a un peu de décor, une carafe d'eau sur la table... Comme je me mets dans la peau d'un conférencier, le public ne sait pas si je fais une conférence ou s'il s'agit d'un acteur qui joue un rôle. J'aime beaucoup jouer sur l'ambiguïté, car dans l'art conceptuel, la notion de mensonge est toujours présente. Je suis un comédien qui fait semblant de, d'ailleurs le public est souvent très partagé jusqu'à la fin, il se demande même si le spectacle est du lard ou du cochon.

Propos recueillis par J.M.C.
L’indépendant (Perpignan) - Interview avant le spectacle, 24 juillet 2007

France culture

[…] souvent on dit que les procès sont théâtraux ou cinématographiques, mais là l’enquête, je dirais l’instruction, que Jacques Mougenot mène autour de cette affaire Dussaert, et la manière dont il la raconte

, la manière dont il l’illustre aussi avec quelques unes des œuvres du peintre, a quelque chose qui est proprement hitchcockien, avec, de surcroît, une succession de rebondissements qui fait que, de trompe-l’œil en trompe-l’œil, on finit par arriver à une vérité qui est faite de surprises ; et pour tous ceux qui pensent que le théâtre, c’est beaucoup de surprises et aussi, c’est l’endroit où le plaisir de l’acteur et de voir un acteur est porté à son comble, je recommande vraiment d’aller au petit théâtre Hébertot pour voir « l’affaire Dussaert » de et par Jacques Mougenot.

 

Philippe Meyer 
France Culture, 93.5 Mhz 
« L’esprit public »,  dimanche 22 janvier 2006

France Catholique

L'AFFAIRE DUSSAERT est une pièce éminemment réjouissante. Consacrée à l'art pictural contemporain, à ses scandales et à ses dérives, elle se présente sous la forme d'une conférence. Vraie ou fausse, cette conférence ?

Nul ne peut le dire tant le comédien a bien représenté le personnage décrit par cette didascalie « le texte doit être très parlé, très familier, comme celui d'une conférence faite par quelqu'un qui possède son sujet et lit très peu ses notes ». Mais, à divers indices, ceux qui se tiennent au courant de l'actualité picturale se rendent compte qu'il fait plusieurs fois référence à des extravagances réelles. Comme l'histoire de ce chimpanzé peintre. Elle est contée avec autant de finesse que de truculence : « ... vous savez par exemple qu'il y a en Allemagne, actuellement - j'ai vu ça à la télé y a pas longtemps - une galerie qui expose, et vend, à prix d'or, et ça marche, des toiles peintes par un chimpanzé... Eh bien, on ne peut pas dénier à ce pauvre animal le titre d'artiste contemporain : d'abord parce qu'il est contemporain (ce qui n'est pas un mince exploit parce qu'un chimpanzé, ça vit à peu près quarante ans, c'est donc deux fois moins contemporain que nous), ensuite, il est artiste puisqu'il étale, avec une spontanéité sans égale d'ailleurs, des couleurs sur une toile (même s'il en met pas mal à côté, mais chaque artiste a ses secrets techniques, ça c'est sa patte personnelle, si j'ose dire). Bien sûr, la peinture qu'il fait ne ressemble pas à celle de Chardin, tant s'en faut, mais elle ressemble à beaucoup de peintures actuelles, c'est confondant ; au point qu'on peut se demander même si c'est vraiment lui qui l'a faite, et s'il n'y a pas là-dessous encore une sombre affaire d'escroquerie. » Et ça continue sur ce ton durant toute la pièce. Qui nous raconte la vie et l'oeuvre de Philippe Dussaert, génie méconnu heureusement débusqué par une galeriste et critique d'art, laquelle le propulsa sous les projecteurs avant que la mort nous ravisse celui dont l'influence, sans son intervention, eût été encore plus décisive que celles de Duchamp et Picasso réunis sur l'histoire de l'art. Que l'on soit féru d'art contemporain ou simple passant devant des œuvres en lesquelles on ne voit qu'un tas de matières peu - ou parfois trop bien ! - identifiables, on est assuré, s'il est vrai que le rire facilite le transit, d'excellemment digérer son dîner en allant voir ce spectacle. L'orateur nous fait partager à la fois la tendresse et l'exigence du passionné pour une discipline dont l'actualité est faite de plus de coups d'éclats que de pinceaux. Tout est dit, mais avec une urbanité et une apparente spontanéité qui trompent leur monde jusqu'à la toute fin de la pièce.

Pierre François
France Catholique, 3 mars 2006

Famille Chrétienne

L'art de rien.

Vous ne vous en souvenez sûrement pas mais, en 1991, en pleine guerre du Golfe, le marché de l'art contemporain a été secoué par « l'affaire Dussaert ». Initiateur du « mouvement vacuiste »,

Philippe Dussaert (1947-1989) a commencé à être connu avec sa série de toiles intitulées « Après... » La première, Après Mona Lisa, montrait ce que pût être la scène peinte par Léonard de Vinci après le départ du modèle (forcément, il ne reste que le paysage). Et les suivantes furent peintes selon le même principe. En hommage à son protégé disparu prématurément, la galeriste parisienne Peggy d’Argenson décida de faire une exposition de son œuvre ultime : « Après tout ». [...] Sous les dehors d'une conférence rapidement captivante, Jacques Mougenot, seul en scène, nous conte cette histoire que peu connaissent. Et en profite pour dire, l'air de rien, ce que le bon sens est en droit de penser de certaines « œuvres d'art ». Avec une maestria confondante et une justesse de jugement qui sont un régal pour l'esprit.

Cyril Lepeigneux
Famille Chrétienne, du 25 février au 3 mars 2006

A Nous Paris

Bonne nouvelle en ce début de printemps : ce drôle d'objet théâtral. Conférence, théâtre ou reportage journalistique sur l'art contemporain ?

On pouvait craindre le pire, c'est le meilleur qui en sort : une cocasserie burlesque, pertinente et impertinente, salutaire ! 
Né de la rencontre entre Peggy d'Argenson (galeriste et critique d'art) et Jacques Mougenot (comédien et auteur dramatique), ce spectacle multiforme relate la vie et l'oeuvre singulière du peintre Philippe Dussaert, initiateur du mouvement « vacuiste » dans les années 80. Petit rappel pour les profanes : le plasticien fut l'épicentre d'une incroyable polémique (occultée par l'actualité du moment : la guerre du Golfe), suscitée par sa deuxième et ultime expo intitulée « Après tout ». [...] Mougenot s'est emparé de cette affaire avec une jubilation non feinte. Belle occasion d'explorer les pleins et les déliés de l'art d'avant-garde, avec ses dérives, ses absurdités, ses abus. Mais aussi de faire une tête au carré aux snobismes, aux sophismes et idiotismes en tout genres, et de s'interroger sur la critique éclairée ou aveugle. Métaphores aux petits oignons, dialogues travaillés en férocité, notre conférencier dresse avec sagacité un tableau jubilatoire des égarements culturels de notre temps. Avançant à petits points serrés, la narration est admirablement verrouillée. Formidable d'acuité et d'ironie, ce monologue se dévore, et c'est sans qu'il s'y attende que le spectateur, à la dernière scène, se trouve cueilli par un magnifique coup de théâtre. Vous allez être scotchés.

A nous Paris, Janvier 2006

Elle à Paris

Vous connaissez l'affaire Dussaert ? Elle mérite pourtant toute notre attention.

Heureusement, le bien informé Jacques Mougenot s'est penché pour nous sur l'histoire de Philippe Dussaert, artiste peintre au centre d'une bien étrange polémique, passée inaperçue pour cause de guerre du Golfe. L'occasion était trop belle, l'auteur comédien l'a saisie pour entrer dans le monde surprenant et improbable de l'art contemporain, avec ses coups de génie, ses dérives, ses absurdités et ses limites. Avec une jubilation certaine, un plaisir évident et beaucoup de talent, il règle ses comptes aux snobismes, traque les sophismes en tout genre ou tout autre « idiotisme », entre conférence et pièce.
Mais L'Affaire Dussaert, c'est aussi un coup de théâtre final, une sacrée pirouette, le clou d'une soirée instructive, drôle et burlesque. Tout un tableau.